mardi 18 juillet 2017 Littérature

Les Larmes de Yada - Lilie Bagage

Les larmes de Yada par BagageLyon-2092
L'eau de Yada est une drogue très en vogue chez les personnes âgées : la molécule ravive leurs souvenirs.
Le temps d'un trip, Asha-70ans-rejoue la mélodie vibrante de sa jeunesse et retrouve sa vie d'antan, celle d'avant les regrets...Les souvenirs sont si réels qu'ils donnent l’illusion parfaite de les revivre...
Mais voilà que lors d'un voyage dans ses souvenirs, Asha parvient à modifier un détail dans la trame de son passé. Cela aura-t-il une répercussion sur son présent ?

Lilie Bagage

Affichage de photo_liliebagage.jpgLilie Bagage est tombée dans la marmite de l'écriture quand elle était toute petite. Puis elle a croisé les fées de l'imaginaire et fait la connaissance de Ray Bradbury, Roger Zelazny, Philip K. Dick ou Terry Pratchett. Grâce à eux, elle en tenait enfin la preuve : l'univers était multiple. Elle a ensuite quitté son île natale, s'est installée dans la région lyonnaise et validé des diplômes (certains scientifiques, d'autres moins).
Par-dessus tout, Lilie aime se réfugier dans les salles obscures, se balader dans des mondes (virtuels ou réels), lire sous la couette et rêver.
Lorsqu'elle n'est pas en train de jouer les documentalistes, elle gribouille des nouvelles et écrit des romans.

Les Larmes de Yada est son premier roman paru aux éditions Nestiveqnen.

Et sinon, vous pouvez suivre toute son actualité sur son site !

(source : Babelio)

Les larmes de Yada, une drogue qui fait rêver...

Avec son premier roman, Lilie Bagage nous embarque dans un voyage qui semble sans retour.
L'intrigue se situe dans un futur pas si lointain à Lyon et plus particulièrement dans le quartier du Bachut dans le 8ème arrondissement. Asha est une vieille dame de 70ans seule et quasie sans ressources comme beaucoup de personnes âgées. De nombreuses crises économiques n'ont pas améliorées les choses et beaucoup de quartiers sont devenus insalubres et dangereux.
Son seul réconfort (et encore), c'est le club de lecture auquel elle participe avec Enis, un vieil ami. Pourtant, c'est loin d'être suffisant et ces rares instants de paix ne suffisent pas à combler tous les regrets et les remords de sa vie passée.
C'est dans cet état d'esprit que Kalika, la dealeuse au look de panthère sauvage, va débusquer trouver Asha et la séduire avec sa drogue : la fameuse eau de Yada. Une descente aux enfers commence alors pour Asha, incapable de se passer de cette drogue qui lui permet de revivre les moments heureux de son passé, en Inde, puis lors de sa rencontre avec les amours de sa vie. Totalement perturbée, elle va rejeter Enis, son amitié et son aide pour courir derrière des rêves emplis de chimères.
Tandis qu'Enis part à sa recherche pour la sauver, Asha se plonge dans le passé jusqu'au basculement fatidique.
Que va-t-il lui arriver ? Enis arrivera-t-il à temps ? Peut-on réécrire le passé ?

Image associée

Le Bachut

(Numelyo - Bibliothèque municipale de Lyon)

Ce roman m'a beaucoup touchée, étant assez sensible à la solitude des personnes âgées, au temps qui passe, à la perte de ceux que l'on aime et à la marche inexorable du temps, je me suis complètement immergée dans l'univers de Lilie. A noter que, si ce sujet vous intéresse, la nouvelle Le Faiseur de Pluie de Mélanie Fazi est absolument magnifique - Recueil Serpentine aborde aussi ce sujet avec beaucoup de finesse.

"Le chagrin érode les priorités de vie comme le vent et l'eau érodent les montagnes."

Une tristesse insondable peuple le roman et la vie d'Asha et il est impossible au lecteur d'y rester insensible. Toutefois, ne pensez pas que l'on tombe dans la sensiblerie ou l'exagération. La plume de Lilie se révèle infiniment poétique et permet de faire (re)naître des personnages bouleversants de sincérité et de vulnérabilité tout autant que pétris de force et d'espoir.

"On ne fait pas une croix aussi facilement sur ce qui a été, ou ce qui est censé avoir été. Tandis que ma mémoire reconstitue petit à petit les partitions des deux existences, des croches entaillent mon cœur. Le manque, ça vous grignote et ça vous tue."

Un premier roman fantastique, une très jolie plume et une intrigue rondement menée et originale. Difficile de prévoir les retournements de situation et surtout... Le dénouement de ce drame intrinsèquement humain. Une simplicité qui touche juste et qui est extrêmement bien dosée.

Les Larmes de Yada, c'est beau, c'est fort et c'est tragique. Un moment de lecture inoubliable.

"Les êtres partent, la musique reste, intemporelle, elle conserve sa beauté, au-delà de tout ce qu'elle peut relier, au-delà de de ceux et celles qu'elle raconte, elle continue d'exister, elle est éternelle."

Quelques questions à Lilie !

Tout d’abord bonjour et merci d’avoir accepté de répondre à ces quelques questions.
 
Parle-nous un peu de toi, qui se cache derrière cette belle plume ? 
 
J'ai déjà droit à un joker ? (rires)
Que dire... Je suis Lyonnaise (pas de souche) depuis une dizaine d'années et j'écris des histoires depuis que je sais tenir un stylo entre mes doigts. J'aime lire, aller au cinéma, jouer et... goûter à tout, pourvu que ça se mange. Je pense que c'est un bon résumé de ma personne !

Comment est né ce roman ? Pourquoi le genre de la science-fiction (anticipation) ? (si je ne dis pas de bêtise !)
 
J'ai toujours aimé les histoires "temporelles", c'est à dire qui abordent le thème du temps (qui passe, à venir, etc.), mais moins pour leur côté "aventure" que pour leur côté émotionnel (l'impact que le chamboulement du temps peut avoir sur la personne) et leur approche sociétale. Du coup, c'est assez naturellement que m'est venue l'envie de raconter le temps d'une façon plus intimiste, plus psychologique. De plus, quand je n'écris pas, je travaille dans le champ de la santé publique et les problématiques liées au vieillissement (l'isolement, la mémoire, les conduites addictives) m'ont toujours intéressée. J'avais envie de parler de tout ça dans un roman.
L'idée des Larmes de Yada a donc germé petit à petit.
 
L’intrigue m'a totalement séduite, peux-tu en parler sans tout dévoiler ?
 
Le récit débute à la fin du XXIème en France, où une drogue un peu spéciale (l'Eau de Yada) fait fureur auprès des personnes âgées, car elle permet de revivre certains moments de sa vie (les bons... comme les moins bons). Dans les Larmes, on suit l'histoire personnelle de deux septuagénaires, Asha et Enis, à travers leurs voix alternées. Asha va totalement sombrer dans la dépendance de cette drogue et Enis, amoureux d'elle, va tout faire pour la sortir de ce guêpier.

Asha est un personnage fort et profond au premier abord mais dont le passé et les blessures qui la hantent ne laissent pas indifférent. Avais-tu un modèle en la créant ?
 
Pas vraiment.
Pour les Larmes, j'ai d'abord pensé à un trio de personnages qui pouvaient incarner le temps. Asha représente le passé et les souvenirs. Enis vibre par et pour l'instant présent, il s'y raccroche en permanence et tente justement d'y ramener Asha coûte que coûte. Kalika (la dealeuse d'Asha) est quant à elle le symbole de l'avenir, de tous ces "futurs" possibles.
Chacun d'entre eux ont des fêlures, mais je pense que c'est ce qui fait leur force.
 
Ton héroïne regarde beaucoup vers le passé, les choix qu'elle a fait, ceux qu'elle aurait pu/du faire, etc. C'est un sujet qui te tient à cœur ? Aurais-tu fait les même choix qu'elle ? 
 
Quand on veut parler du temps qui passe, on veut aussi parler des choix de vie et c'est vrai, Asha est obnubilée par son passé. Elle collectionne pas mal de regrets, des remords aussi. Je crois c'est un sentiment assez partagé. D'avoir envie, un jour ou l'autre, de faire marche arrière, ne serait-ce que pour voir à quoi ressemblerait sa vie avec un choix différent, d'où sans doute l'attrait de l'eau de Yada auprès de personnes avec une vie déjà bien remplie. C'est un sujet qui résonne chez beaucoup d'entre nous.
Pour ma part, comme tout le monde, j'ai bien quelques regrets oui, mais je fais partie de ces personnes qui regardent peu en arrière (sans doute pour éviter d'y être confrontée en permanence). Donc... c'est difficile à dire, mais non, je ne crois pas que j'aurais fait les mêmes choix qu'Asha. 

Un premier roman vraiment très réussi ! Tu as eu des inspirations particulières ? (la question pourrie obligatoire !)
 
Merci ! (rires)
Pour les inspirations, j'en ai forcément eu beaucoup !! Mais c'est toujours compliqué je trouve de mettre le doigt dessus. Les lecteurs y arrivent mieux que moi, il faudrait que je te retourne la question pour bien faire ! (rires)
En me creusant les méninges, je pense à un roman comme The Time Traveler's wife (d'Audrey Niffenegger) ou un film assez récent, About Time (de Richard Curtis), pour une approche intimiste du temps. Je me suis aussi documentée sur le vieillissement et certaines substances psychotropes afin de créer l'eau de Yada, leurs effets sur le comportement de l'usager, donc ça passe par la lecture de sources scientifiques ou des témoignages de consommateurs. 

Image associée
Affiche du film The Time Traveler's Wife
 
Et la petite dernière, sur quoi travailles-tu désormais ?
 
Olala, au moins trois écrits en cours... Tous très éloignés des Larmes de Yada.
Le premier, encore au stade du premier jet, est un roman d'urban fantasy où les dieux Hindous se ramènent dans Lyon... et chamboulent complètement la vie de Sarah, une jeune femme aux phobies disons... envahissantes ?
Pour le second, je suis en train de finaliser (j'espère !!) un projet qui traîne depuis bientôt trois ans sur mon bureau : c'est un roman unitaire de fantasy qui fait la part belle au jeu, sous toutes ses formes. 
Et enfin, je travaille en lien avec un éditeur pour le remodelage d'un roman jeunesse, où il est question de corps humain, de vaccination, et de fantasy encore une fois.
 
Merci beaucoup d'avoir eu la gentillesse de répondre à mes questions, j'ai hâte de découvrir tes futurs écrits et je conseille à tous de lire Les Larmes de Yada !
 

Les larmes de Yada par Bagage

Auteure : Lilie Bagage

Éditions : Nestiveqnen

Illustration :

Nombre de pages : 252 p

ISBN : 291565378X