lundi 24 octobre 2016 Rencontres

Philippe Curval - « Faisons court : la nouvelle en science-fiction »

Vendredi 21 Octobre, la Bibliothèque municipale de Lyon s’est associée pour la 5ème fois au festival Les Intergalactiques lors d’une soirée avec Philippe Curval.

En écho à la remise du Prix René Barjavel récompensant des nouvelles de science-fiction (thème de cette année L’Empire Galactique vous ment), la rencontre portait sur la question de la forme courte et son importance au sein du récit de science-fiction.

Le Prix René Barjavel 2016 a été décerné à Jonathan CARCONE pour sa nouvelle "Inactivité Paranormale", en présence de Philippe Curval. et de Julien « Jal » Pouget (modérateur et organisateur des Intergalactiques).

Quelques mots sur l'auteur

Afficher l'image d'originePhilippe Curval est l’un des piliers de la science-fiction depuis les années 60, un de ceux qui ont incontestablement contribué à repousser et élargir ses limites, par ses écrits mais aussi par sa volonté de la faire découvrir.

Ses ouvrages sont traduits en de multiples langues et publiés notamment aux Etats-Unis, chose extrêmement rare pour un écrivain de science-fiction francophone.

Nouvelliste et romancier, journaliste scientifique ou encore photographe et illustrateur, il fut aussi critique pour Le Monde et le Magazine littéraire. Il participa occasionnellement à l’ancienne version de Fiction, et régulièrement dans les années 70' à la revue Galaxie.

Philippe Curval fut aussi anthologiste, au travers des recueils Futurs au présent en 1978 puis Superfuturs en 1986. Il a d’ailleurs obtenu, en 1990, le Prix Spécial du Grand Prix de l’Imaginaire « pour son travail d’anthologiste et de découvreur de talents ».

Philippe Curval reçoit de nombreux prix, dont le prix Jules-Verne pour Le Ressac de l’espace, le Grand Prix de la science-fiction française pour l'Homme à rebours, ou encore le prix Apollo pour Cette chère humanité.

Son dernier roman : Les Nuits de l'Aviateur, vient de paraître aux éditions de La Volte.

Dans le cadre de la sortie de son nouveau roman et du Festival des Intergalactiques, Philippe Curval a eu la gentillesse de participer à une rencontre / conférence à Lyon.

En voici des extraits. Je tiens à préciser que les échanges ne sont pas exaustifs, n'ayant pas pu tout noter.

« Faisons court : la nouvelle en science-fiction »

Julien "Jal" Pouget : Bienvenue et merci d'être là. Tu es romancier depuis longtemps, mais aussi illustrateur ?...

Philippe Curval : J'ai fait des recueils d'illustrations comme "Mystères de la Chambre Noire", des montages, qui sont à elles seules des nouvelles. Il n'y avait pas besoin d'écrire en plus. J'ai aussi participé aux illustrations de la revue Fiction, la couverture de L'homme qui s'arrêta. Journaux ultimes et celle de Lothar Blues

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Jal : Tu es aussi journaliste scientifique ?

Afficher l'image d'originePhilippe : Tout à fait ! Et cela m'a beaucoup apporté. J'ai pu rencontré beaucoup de monde que je n'aurais pas rencontré sans ça. J'ai publié et fait découvrir des auteurs comme Jean-Marc Ligny ou Serge Brussolo, qui sont devenus connus, lorsque j'ai lancé ma 1ère anthologie Futurs en 1978. J'ai d'ailleurs eu encore plus de propositions de manuscrits en 1986 pour Superfuturs.
Au début des années 60', il y avait un grand courant SF porté par Boris Vian par exemple. La science-fiction était considérée comme un courant littéraire à part entière. Le roman policier ne se vendait plus très bien, les éditeurs se sont donc redirigés vers la SF.
Il y a la revue Fiction qui a aussi permis à la science-fiction de prendre son essor (Tirée à 40 000 exemplaires). Elle couvrait le cinéma, la bande-dessinée, etc. Il y avait des débats d'idées extrêmement passionnants !

Jal : D'ailleurs, on retrouve beaucoup de Fiction chez les bouquinistes ! Pour ceux qui voudrait commencer une collection. (rires)
Ton pseudo, "Curval", d'où cela vient-il ?

Philippe : Curval vient d'une oeuvre du Marquis de Sade, un sale bonhomme ! Il s'agit de "Les Cent Vingt Journées de Sodome". J'étais en révolte et je me suis dit que ce pseudo m'irait très bien.

[...]

Il y a eu différentes vagues dans la science-fiction. Avant, la nouvelle de science-fiction c'était une littérature comme une autre. L'idée de genre n'existait pas... La 1ère nouvelle de SF est de Maurice Renard (1875 - 1939) qui explique en quoi cela (la SF) consiste (2nd vague). Mais un jour, un éditeur a décidé qu'il fallait écrire des romans où la science aurait une part plus importante et il a poussé ses auteurs dans ce sens (3ème vague).
Il est à noter que Philip K. Dick est le seul auteur à se mettre en scène dans ses romans, ce qui le met à part.
Après, au début des années 50', il y avait les revues Galaxie et Fiction. Cette arrivée de la SF en France pour les auteurs comme moi était tout nouveau.

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A cette époque, j'écrivais Le Ressac de l'Espace (paru en 1962) et je ne savais pas ce qu'était la science-fiction. Je voulais parler de la technologie, de son impact sur la société. Les auteurs de SF ne sont pas des "futurologues", ils sont simplement plus sensibles aux enjeux de sociétés et leurs conséquences.
La littérature française a commencé à muter sous l'influence des auteurs américains qui arrivaient. Puis il y a eu la vague (4ème) de Mickaël Moorcock. (pour ceux qui lisent plus de Fantasy que de SF, il est l'auteur de la célébre saga Elric.)
Enfin, il y a eu la 5ème vague avec l'arrivée de l'informatique. Neuromancien de William Gibson (publié en 1964) en est un parfait exemple.

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ça a révoltionné la SF sur la vision que l'on avait du futur, avec les greffes d'organes, les puces informatiques, etc. !

Jal : Mais sur la forme de la nouvelle, il y a eu de grands changements ? Est-elle toujours populaire ?

Philippe : Malheureusement, a contrario des romans qui se vendaient beaucoup, les recueils de nouvelles ont perdu de plus en plus leur lectorat.

Jal : On peut les comparer aux courts et longs métrages ?

Philippe : Oui, tout à fait. Les courts métrages passent toujours à des heures indues mais il y en a quand même quelqu'uns de programmés chaque semaine !
Après, il y a eu aussi les magazines Bifrost (éditions Le Bélial) et Galaxie qui publient régulièrement des nouvelles de science-fiction et mettent des nouveaux auteurs en avant.

Jal : On en est où finalement ?

Philippe : Il reste des maisons d'édition qui continuent à prendre des "risques", La Volte avec des publications borderline, L'Atalante, Bragelonne, Le Bélial, ActuSf, etc.

Jal : As-tu connu Barjavel ?

Philippe : Je le connais pas trop, je ne l'ai rencontré que 2 ou 3 fois. Personnellement, ça a été une révélation de découvrir René Barjavel avec Ravage et Le Voyageur Imprudent. Il a revisité le voyage dans le temps de façon très intelligente.
Le problème de Barjavel, c'est son côté beaucoup trop pétainiste. Il a évolué avec les années en devenant moins pétainiste mais toujours aussi écolo !

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[...]

Pour moi, la science-fiction, c'est comme la science, elle amène quelque chose à l'homme, comme elle lui enlève aussi quelque chose. Il y a aussi une SF extrêmement sociétale, avec par exemple l'écrivain Paolo Bacigalupi. (La Fille Automate, 2009)
Je suis un peu détaché du space opéra car je préfère imaginer ce qu'il va se passer sur Terre.
Il y a aussi des auteurs de SF qui ne l'affichent pas, comme Haruki Murakami (La Fin des Temps, 1985) ou Michel Houellebecq (Soumission, 2015), ou encore David Calvo, qui a une façon d'écrire très fantasmagorique.
Actuellement, en science-fiction, on aime mélanger un peu tous les genres (Elliot du néant, David Calvo). D'ailleurs cette année, le "Prix du Lundi" a été dédiée à la SF Blanche à Tristan Garcia avec "7". SF Blanche car il n'est pas toujours bien vu d'écrire de la science-fiction et que cela peut briser des carrières.
Pour finir, Alain Damasio est un auteur complètement hors-norme. Il a eu un grand succès alors que c'est une lecture exigeante, une littérature politique. Norbert Merjagnan est aussi compliqué à lire mais il apporte une originalité nouvelle.
Mais revenons-en à moi. J'ai voulu écrire Lothar Blues qui est la suite des trois premiers romans sur Marcom. Je voulais montrer qu'on pouvait avoir un autre futur et les questions et problèmes que ce futur soulève, comme les problèmes d'IA (Intelligence Artificielle) et la naissance de la conscience et de la réflexion chez les robots.

Jal : Merci beaucoup d'avoir répondu à toutes ces questions et d'être venu !

[Echanges avec le public.]

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J'espère que ces échanges vous ont plu. La conférence était extrêmement instructive et remplie de réfèrences. Il manque malheureusement une partie concernant les Etats-Unis et l'étranger que je n'ai pu noter.

Certains des auteurs cités seront aux Utopiales de Nantes 2016 : Philippe Curval, Paolo Bacigalupi ou encore Alain Damasio !
Venez les rencontrer !