mardi 17 mai 2016 Rencontres

De l’empire britannique à l’imperium galactique ? - Les Intergalactiques de Lyon

Bonjour à tous ! J'espère que vous allez bien et que vous profitez bien du week-end de 3 jours (pour les plus chanceux).

La 5ème édition des Intergalactiques, le festival de la science–fiction lyonnaise s'est tenue du 12 au 15 mai 2016. Cela a été l'occasion de revoir des amis, des auteurs, des éditeurs, d'en découvrir d'autres, d'échanger, papoter, rigoler... En gros, que du bon.

Samedi 14 Mai, après le discours d'ouverture de Christopher Priest, nous avons pu assister à une table ronde dont le postulat de départ était : De l’empire britannique à l’imperium galactique ?

Cette table ronde s'est déroulée en compagnie de Peter F. HAMILTON (L’Aube de la nuit, La Trilogie du Vide), Alastair REYNOLDS (Le Cycle des Inhibiteurs) et Sara DOKE (Techno Faerie). Le débat étant modéré par Anudar (animateur de la communauté francophone « De Dune à Rakis »).

J'ai pu quelques notes lors de cette table ronde et j'espère ne pas faire trop d'erreurs lors de leurs transcriptions. Sinon, n'hésitez pas à me le dire, que je rectifie, car les échanges ont été très denses. (Je n'ai donc pas pris de notes sur l'intro, mais directement à la première question.)

Anudar : Quand on parle d'empire, on pense toujours à "l'empereur". Est-ce toujours le cas ? (Réponse en vidéo.)

Anudar : Les auteurs sont d'accord pour dire que l'empereur, c'est dépassé et qu'on a plus des groupes qui dirigent l'empire (galactique). En latin, "imperium" fait référence à la force armée. C'est donc obligatoire d'avoir une conquête par les armes ?

Sara Doke : Pour l'essentiel, la conquête militaire est obligatoire pour annexer de nouvelles terres et apprendre de nouvelles façons de penser aux peuples conquis. On y échappe pas. Cela se vérifie dans le space-opéra.

Peter Hamilton : Cela se vérifie dans l'histoire, par exemple quand on a pillé l'Inde (Empire britannique). Lorsque l'on parle de cela, on parle aussi de puissance économique, et quant à cette force, ce n'est pas forcément une force d'occupation. J'essaie d'être optimiste en me disant qu'on échangera du savoir entre planètes lors d'une conquête galactique.

Alastair Reynolds : Quand on parle de l'Empire Intergalactique, on repense à son fonctionnement. Il n'y a pas vraiment de base logique, de cohérence lorsque l'on compare le fonctionnement entre les planètes (en SF) et sur la Terre entre les différents pays, pour la production et l'échange de denrées... Quand on parle de système interstellaire, on peut se demander la raison des voyages entre les planètes. On pense aux premiers colons américains qui s'étaient expatriés car ils étaient persécutés au niveau religieux. Voyagerait-on car les planètes seraient plus tolérantes ? qu'il y aurait moins de taxes ? Je pense qu'il ne faut pas trop y réfléchir car sinon la logique s’effondrerait.

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Anudar : Un Empire Galactique que de nom. En effet, il existe par l'économie, l'idéologie... Comment l'organiser pour que cela perdure ? L'Empire Britannique rassemblait des pays extrêmement différents. Ils se retrouvaient dans l'utilisation d'une langue commune.

Sara Doke : Il faut en effet une langue vernaculaire pour les échanges, le savoir, pour avoir une certaine unité, sans pour autant forcer toutes les populations à avoir exactement la même langue commune. C'est le cas actuellement entre les USA, le Canada et l'Australie.

Peter Hamilton : On parle le même langage, c'est important. Mais par exemple, je parle la même langue que Donald Trump, pourtant on a pas le même point de vue. Si il est élu, c'est sûr que j'aurais envie de changer de planète ! (rires)

Alastair Reynolds : La première chose que j'aimerais dire, c'est qu'il n'y a pas que des soucis. J'aimerais être positif, mais comme l'Empire Romain ou Mongol, on va se confronter à des espèces, des mondes différents. On va à l'échec. En 2016, on se rend compte que les systèmes de traduction sont de plus en plus sophistiqués grâce à l'espionnage, les guerres... Donc quand on en sera à voyager sur différentes planètes, on aura sûrement trouvé des technologies pour se comprendre.

Sara Doke : "La langue de l'Union Européenne, c'est la traduction littéraire." Jean Monnet

(Jean Monnet - 1888-1979 : Père fondateur de la Communauté européenne, Jean Monnet a contribué de manière décisive à transformer l’Europe en un espace de liberté, de prospérité et de paix.)

Afficher l'image d'originePeter Hamilton : Pour rejoindre Alastair, "Le cycle de la Culture" de Iain Banks est divertissant et la culture, ainsi que le modèle de civilisation proposé sont aussi très intéressant.

Anudar : Il n'y aurait donc pas besoin d'un langage commun mais d'un langage instantané ? Ce qu'a mis en place auparavant l'Empire Britannique pour favoriser les échanges.

Sara Doke : De toute façon, il ne faut pas reproduire ce qui a été fait. ça n'a pas d'intérêt. Mais on peut regarder le passé pour ne pas refaire les mêmes erreurs et améliorer le futur.

Peter Hamilton : On parlait de communication comme facteur clé. Il est vrai que c'est très très important. Mais si il faut 4ans pour délivrer un message dans un Empire Galactique, ça ne serait plus vraiment un empire.

Alastair Reynolds : On pourrait éventuellement imaginer un système intergalactique avec un gouvernement de fer, un système autoritaire, mais il n'y aurait pas beaucoup d'inventions, ni d'échanges pour ne pas déstabiliser ce pouvoir...

Anudar : Parlons un peu de la condition indigène au sein de l'Empire Galactique. Serait-il différent de celui de l'Empire Britannique? Empire qui a permis à Gandhi (et à de nombreux autres) de pouvoir étudier en Angleterre et de ramener ensuite son savoir en Inde.

Sara Doke : Je suis la pessimiste de la bande. Pour moi, l'Empire Britannique est le seul à avoir créé une élite intellectuelle au contraire de nombre d'autres empires coloniaux comme la France. Les colonies ont-elles les mêmes droits ? Les indigènes sont-ils égaux ou différents des citoyens "normaux"? C'est à l'auteur de choisir. (ex : Planètes à louer de Yoss)

Peter Hamilton : Je pense qu'il y a deux cas ; soit on exploite la planète comme pour les plantes dans Avatar, soit on laisse la planète tranquille. Ici, on parle vraiment de choix artistique de l'auteur. Car, si on parle de politique et d'une société assez intelligente pour ne pas intervenir, c'est vraiment un choix de l'auteur.

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Quelques plantes (de nuit) dans Avatar

Alastair Reynolds : Dans les romans d'Isaac Asimov, on voit qu'il y avait déjà des choses très différentes. L'Empire est totalement humain. Pour moi, c'est impensable qu'il n'y ai pas d'autres espèces, d'autres civilisations. Mais, j'ai changé et maintenant, je pense que nous sommes seuls. Imaginer un "Gandhi" extraterrestre est totalement irréaliste par exemple...

Peter Hamilton : On peut avoir une civilisation sentience plus que pas de civilisation du tout.

Alastair Reynolds : Pour moi, l'existence d'une existence extraterrestre est quasi impossible. Mais si un jour, on en rencontre, ils seront plus intelligents et plus avancés que nous. L'extraterrestre un prétexte pour écrire.

Anudar : L'histoire de l'Empire Britannique est fait d'expansions et de réductions, mais depuis 1945, il n'en finit pas de tomber, jusqu'à la création du Commonwealth. Pour vous, un Empire Galactique doit être petit et beau ou trop gros pour échouer ?

Sara Doke : Je trouve plus intéressant d'être petit et beau pour pouvoir partager des choses, plus que de vouloir le pouvoir absolu.

Peter Hamilton : Si on parle de futur et qu'on se projette à l'extérieur, même si on est petit et beau, on deviendra quand même de plus en plus gros et inefficace. C'est un cycle.

Alastair Reynolds : Je pense qu'on aura à faire à un changement de culture, de point de vue. L'Empire Britannique est révolu. Cela ne fait plus parti de notre culture. En tout cas, je me considère comme un fédéraliste et je pense encore que l'Europe est une bonne chose.

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Les échanges ont continué avec le public, mais je n'ai pas continué à prendre de notes pour mieux suivre. Toutefois, la table ronde a été enregistrée par ActuSf et sera disponible en ligne prochainement.

Les Intergalactiques, en plus d'être un festival agréable où il fait bon rencontrer des auteurs fabuleux, permet aussi d'acheter leurs ouvrages ! N'hésitez pas à y aller à la prochaine édition !

Techno Faerie de Sara Doke - Guerre aux Grands de Pierre Léauté - Blanche Neige et les lance-missiles de Catherine Dufour