mardi 24 novembre 2015 Rencontres

Rencontre avec Jean-Laurent Del Socorro

Lorsque Royaume de Vent et de Colères prend vie

Ce samedi 21 novembre 2015, nous avons eu le plaisir de (re)rencontrer et d'échanger avec l'auteur Jean-Laurent Del Socorro autour de son roman Royaume de Vent et de Colères paru aux éditions ActuSf à la librairie l'Esprit Livre à Lyon.

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Le synopsis

1596. Deux ans avant l’édit de Nantes qui met fin aux guerres de Religion, Marseille la catholique s’oppose à Henri IV, l’ancien protestant. Une rébellion, une indépendance que ne peut tolérer le roi. À La Roue de Fortune se croisent des passés que l’on cherche à fuir et des avenirs incertains : un chevalier usé et reconverti, une vieille femme qui dirige la guilde des assassins, un couple de magiciens amoureux et en fuite, et la patronne, ancienne mercenaire qui s’essaie à un métier sans arme.Les pions sont en place.Le mistral se lève. La pièce peut commencer. Placé entre l’Histoire et la fantasy, ce premier roman de Jean-Laurent Del Socorro est époustouflant de maîtrise et d’érudition.

Comme nous étions peu nombreux, nous avons vraiment pu discuter et poser toutes nos questions au sujet du roman. Toutefois, ce compte-rendu ne va relater qu'une partie (les 2/3) de la rencontre, car je n'ai pu noter tous les échanges finaux.

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Ivan : Bonjour à tous! On va faire comme d'habitude mais en plus resserré. Le problème, c'est que comme il y a déjà une interview à la fin du roman, c'était difficile de trouver des nouvelles questions. On va essayer de faire dans l'inédit !

Ici, on a plutôt un roman avec un côté historique, donc je suis fan. C'est ton premier roman? Tu peux nous parler un peu de ton parcours ?

Jean-Laurent Del Socorro : En écriture, je suis relativement jeune.J'ai commencé à écrire en 2012 des nouvelles de science-fiction (SF). ça paie. Je suis rapidement publié sur le site des éditions du Bélial. De nouvelles en nouvelles, j'ai avancé. Le changement va s'effectuer suite à mon déménagement de Marseille pour Chambéry, où je me pose. Je me donne alors 6 mois pour écrire un roman. Résultat : Royaume de Vent et de Colères.

Bon... On passe de 3 à 6mois, mais quand même !

Ivan : L'écriture d'un roman est un travail différent de celui d'une nouvelle ?

Jen-Laurent : On est vraiment sur deux modes d'expression différents. La nouvelle ne supporte pas la médiocrité. Alors que dans un roman, on peut cacher des faiblesses. Mais c'est un véritable marathon. Il faut tenir le lecteur en haleine tout le long et ce n'est parfois pas simple.

Mais il y a des choses en commun. J'ai des relecteurs qui ont du pouvoir sur mes écrits. Même si je les écoute pas toujours. (rires) Par contre, la méthode pour écrire la trame de l'histoire est différente. Pour un roman, je fonctionne en "puzzle". J'écris plein d'idée, puis je reconstitue derrière. Alors que pour une nouvelle, j'ai tout de suite mon plan, ma trame.

Ivan : Tu intègres rapidement tes relecteurs ?

Jean-Laurent : Oui, j'aime qu'ils soient intégrés rapidement. Là, j'écris sur le monde celte et j'ai demandé à des historiens de m'aider, de me dire si c'est plausible ou non.

Ivan : D'où te vient cette méthode ?

Jean-Laurent : A la base, je suis pas littéraire. Je n'ai pas de don. C'est beaucoup de boulot, j'en bave et j'en chie. Je bosse avec le Bescherelle à côté de moi. J'ai besoin de retours pour pas me sentir seul. Inventer une histoire, des personnages sincères, ce n'est pas simple.

Ivan : Tout est tiré de l'histoire de Marseille, de l'Histoire tout court... Antoine de Meaux, que nous avons reçu il n'y a pas longtemps, a une histoire où une ville se rebelle... (En l’occurrence, Lyon)

Jean-Laurent : Grosso-modo, nous avons Ligue Catholique opposée à Henri IV (encore protestant, puis qui se convertit bon gré mal gré.) qui essaie de reconstituer son royaume disloqué. Et à Marseille, Charles de Casaulx, avec le soutien de l'Espagne, se retranche dans la ville. Problème lorsque Henri IV devient catholique...

Ivan : La conversion d'Henri IV et sa guerre pour récupérer son royaume sont à l'origine de la tension de tout l'ouvrage,et sont la sources d'évènements inéluctables.

Jean-Laurent : Marseille n'en est pas à son 1er siège... Mais là... Il faut absolument qu'elle tombe ! L'armée du roi va se déployer depuis Aix en Provence.

Ivan : Il y a aussi des enjeux extérieurs, en Savoie par exemple... (Voir l'article Wiki de Charles de Casaulx)

Jean-Laurent : Marseille s'allie à la Savoie, puis se retourne contre elle... en dehors de Charles de Casaulx, il y a aussi d'autres personnages historiques comme Chrétienne d'Aguerre, Comtesse de Sault.

Ivan : Comment se contient-on dans l'écriture quand il y a tant de choses incroyables à dire ?

Jean-Laurent : Naïvement, c’est pour ça que j'ai des relecteurs. Par exemple Silas, personnage théâtral, il a fallu que je le rende moins bavard. A l'inverse, j'ai du parler plus d'autres personnages. Ce jeu de ping-pong est vraiment très important. (aller-retours relecteurs/auteurs)

Ivan : Tu n'es pas resté dans ta coquille du tout.

Jean-Laurent : Pas du tout. Pour moi, c'est un travail d'équipe avec les relecteurs puis les éditeurs. C'est du gros travail de réglage.

Afficher l'image d'origine Jean-Baptiste de La Rose, Arsenal des galères de la ville de Marseille, 1666
Marseille, Musée de la Marine

Ivan : On part de la grande Histoire pour rentrer dans l'histoire, je voudrais parler de Casaulx, une figure qui est représentée en creux, alors que c'est avec lui que tout va se résoudre...

Jean-Laurent : On aurait pu écrire un juste sur lui! Il essaie d'avoir Marseille par tous les moyens : par les urnes, la force, et enfin la Ligue Catholique.

Ivan : Il est vraiment prêt à tout...

Jean-Laurent : C'est sûr. Il trahit jusqu'au dernier moment, si ça peut lui rapporter quelque chose !

Ivan :  Pour les personnages, on va faire une liste. Ils vont tous être narrateurs.

Jean-Laurent : Oui, en effet. Gabriel est un ancien protestant qui est devenu catholique (l'époque s'y prêtait assez bien, il faut dire!). Il vit dans une auberge alors qu'il pourrait prétendre à mieux. On ne sait pas trop pourquoi il fait ce choix. La tenancière, Axelle, était capitaine d'une troupe de lansquenets. Mais elle décide de fonder une famille et reprend l'auberge dont l'ancien propriétaire vient de décéder.

Afficher l'image d'origine Lansquenet 16ème siècle

Julien : Tu voulais vraiment écrire de la Fantasy ?

Jean-Laurent : Je voulais une littérature de genre et pas faire seulement de l'historique.

Ivan : Comment vois-tu la magie ?

Jean-Laurent : Je voulais une magie qui soit intime, noire, addictive, avec des propriétés quasi radioactives. ça reste une saloperie. La magie est un problème en soit.

Ivan : On est en pleine lutte de pouvoir extérieur entre le Roi et Marseille et à l'intérieur avec certains personnages comme Victoire, un maître assassin à la tête de la mafia locale. Comment ça se passe ?

Jean-Laurent : On peut dire qu'elle travaille comme un artisan. Elle a besoin de payer ses "ouvriers". Mais là, c'est trop politique, il y a trop d'enjeu. Elle finit par s'impliquer elle-même.

Ivan : On va revenir sur les personnages, dont Armand, un perso aussi très important. Pour Armand (qui est accompagné de son élève Roland), c'est lui qui introduit la magie dans le récit. Ce sont des Arbonniers. Ils sont en fuite et ils ont gagné Marseille pour pouvoir s'échapper.

Tu as fait le chapitrage en te basant sur le tarot ?

Jean-Laurent : Oui! On est à Marseille et c'est le début du fameux tarot et de la divination par ce biais. C’est véritable clin d’œil. Ce roman est construit sur le même mode que la tragédie théâtrale.

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La rencontre a continué avec beaucoup d'échanges entre Jean-Laurent Del Socorro, les libraires (Ivan et Julien) et les lecteurs présents. Prise dans le tourbillon, j'ai malheureusement arrêté de prendre des notes pour participer.

J'espère que ce compte-rendu vous a plu. N'hésitez pas à réagir.

Vous trouverez ma chronique de Royaume de Vent et de Colères dans un autre article du blog.