lundi 5 octobre 2015 Rencontres

Écrire pour l'écrivain

Bien le bonjour!

J'espère que vous allez bien?

OctoGônes 2015

Ce week-end à Lyon, il y avait la 6ème édition de la Convention OctoGônes. Comme chaque année, de nombreuses animations et stands étaient présents : jeux de rôle, GN, jeux de plateaux, des auteurs, des maisons d'éditions, etc.

Des conférences et des tables rondes thématiques ont aussi eu lieu tout le week-end.

Je vous propose un compte-rendu de la table ronde "Écrire pour l'écrivain", en compagnie de Mélanie Fazi,et Patrick Couton, modéré par Mathieu Rivero. Mélanie traduit différents auteurs, mais le plus notable reste Brandon Sanderson (Fils des Brumes, Elantris, L'âme de l'Empereur...). Quant à Patrick Couton, il est le seul et unique maitre incontesté de la traduction des... Terry Pratchett!

L'acoustique de la salle n'étant pas terrible, j’espère que la retranscription des échanges n'en pâtira pas trop et qu'il n'y aura pas trop d'erreurs dans ma prise de notes.

Écrire pour l'écrivain - ou l'histoire du traducteur

Mathieu : Bonjour à vous, j'espère que vous allez bien. On va commencer de suite par une première question... Comment en êtes vous venus à faire de la traduction?

Patrick : C'est un longue histoire! J'ai d'abord commencé en amateur. Je faisais mes études à Tours, mais comme j'avais 18 ans, je faisais beaucoup la fête. J'ai passé mon diplôme en 3 ans au lieu de 2 après pas mal de péripéties, dont l'année 68. Au début des années 80', l'Atalante est apparue, j'y étais tout le temps fourré! Je suis devenu ami avec et un jour on m'a demandé si je voulais traduire un bouquin. J'ai appris sur le tas, dans l'escalier même! (rires)

Mélanie Fazi

Mélanie : Je souhaitais un métier lié à mes études d'anglais, mais vraiment en lien avec l'anglais! Mon conseiller d'orientation m'a alors vivement déconseillé le métier de "traducteur littéraire"... J'ai donc passé le concours et fait une formation d'un an pour compléter. Lorsque j'ai vendu m'a première nouvelle, j'ai proposé de faire de la traduction. C'est finalement Bragelonne qui m'a donné ma chance quelques années plus tard.

Mathieu : Comment ça se passe pour le choix des œuvres traduites?

Mélanie : L'éditeur envoie le livre quand il pense que ça peut me convenir. Je le lis et je vois si j'accepte. Ensuite, on établit le contrat.

Patrick : Je ne travaille quasi que pour l'Atalante et un peu pour Gallimard, un seul roman avec eux en fait. L'Atalante me fournit les livres un ou deux ans à l'avance. A la fin de la traduction, l'éditeur relit et corrige, me la redonne, puis je la renvoie à nouveau. Après plusieurs aller-retours, l'éditeur met en page le manuscrit, et c'est le bon à tirer (dernière étape de relecture).

Mathieu : Est-ce qu'il y a des contraintes, des difficultés?

Mélanie : Les difficultés dépendent de chaque livre. Cela dépend aussi du public visé. Je pense, par exemple, au jeune public, à un langage soutenu ou encore aux nuances de certains termes. Statistiquement, il m'arrive de faire des erreurs de style. Parfois, en français, ça donne rien. Il faut redonner le style qu'il y avait en anglais et ce n'est pas toujours simple.

"Il y a autant de difficultés qu'il y a d'auteurs."

Patrick : J'ai eu parfois des difficultés, notamment avec des noms d'oiseaux. Heureusement, on a pu m'aider, mais retrouver les équivalents français, c'est compliqué. Chez Terry Pratchett, il n'y a pas que de l'humour, il a aussi les citations, les références et les jeux de mots! Par exemple, je suis passé de vers élisabéthains à der vers de Victor Hugo. Traduire des références musicales est assez complexe surtout pour s'adapter au lectorat français.

Mélanie : Après, parfois, il y a des références qu'on repère très vite : Shakespeare, le Magicien d'Oz, etc. Le plus difficile, c'est quand il y a des expressions inventées ou des mots accolés. Il y en a beaucoup dans les romans de Brandon Sanderson. J'essaie alors de m'approcher au plus proche.

"L'écriture sort du cerveau, alors que la traduction se met au service de quelqu'un d'autre. On apprend la concision, quand on traduit."

Afficher l'image d'origineMathieu Rivero

Mathieu : Est-ce commun d'enlever des morceaux?

Mélanie : On peut pas tout garder. Il y a forcément des pertes. Il n'y a pas de traduction parfaite. Par exemple, quand il y a plusieurs adjectifs, je fais sauter ceux qui sont en trop, redondants.

Mathieu : Et toi, Patrick?

Patrick Couton

Patrick : Je suis tout à fait d'accord avec Mélanie.

"Raccourcir, c'est améliorer."

On peut pas se permettre de traduire un texte mal écrit. Après, les lecteurs vont accuser le traducteur.

Mélanie : C'est toujours la faute du traducteur! (rires)

Mathieu : Votre plus grande satisfaction?

Mélanie : Si le ressenti qu'on a en lisant le livre est le même que pour la version originale, ça veut dire que l'on a bien fait son travail. :)

Patrick : Mon souvenir le plus marquant, c'est quand les lecteurs des Utopiales (Nantes) ont demandés à ce que je sois là pour dédicacer leurs livres aux côtés de Terry Pratchett. ça a duré 3h!

Mélanie : Faire lire et découvrir des auteurs et des œuvres, c'est une véritable satisfaction. Un lien particulier et très fort se noue avec l'auteur.

Patrick : J'ai pas trop de lien avec Terry Pratchett, mais je devine parfois ce qu'il va dire dans le passage suivant!

Lectrice 1 : Traduire ne vous donne pas envie d'écrire?

Patrick : Je suis très très mauvais , à tel point que je n'ai jamais essayé. Mais j'adore travailler avec des contraintes.

Mélanie : ça arrive seulement quand je lis des horreurs. (rires)

Lectrice 1 : Les auteurs sont-ils inquiets? Avez-vous des contacts avec l'auteur?

Mélanie : Oui, j'ai souvent beaucoup de contact avec les auteurs ou leurs assistants. Ils sont heureux quand on perçoit les subtilités de leurs écrits. Personnellement, je préfère ne pas voir les traductions de mes propres textes.

Le Fabuleux Maurice et ses rongeurs savants

Patrick : J'ai toujours eu des contacts avec les auteurs, sauf avec Pratchett! Il ne comprenait pas pourquoi il y avait des difficultés de compréhension ou de traduction.

"Il suffit de traduire de l'anglais au français!" (of course!)

Moi : Des travaux en cours?

Patrick : Actuellement, je suis sur le premier roman de Gary Dickson (j'espère ne pas l'écrire de travers) pour début 2016 à l'Atalante et d'ici quelques semaines, le dernier Pratchett, qui devrait s’appeler : La couronne du berger. Ensuite, il y aura sans doute encore quelques nouvelles de Terry Pratchett et quelques petites choses du Disque Monde.

Mélanie : Je suis sur des suites de Brandon Sanderson, La voie des Rois et Cœur d'Acier.

Lectrice 2 : Il faut combien de temps pour une traduction? Il y a des délais?

Mélanie : Un livre de taille moyenne, il me faut 3 à 4 mois, un long, plus 9 mois. Le plus dur est de reprendre le travail d'un autre traducteur.

Patrick : ça dépend du texte. Je pose moi-même les délais. Traducteur, c'est une activité annexe.

Lectrice 1 : Et pour le paiement?

Patrick : En général, c'est 1/3 au début, 1/3 au milieu puis le dernier tiers à la fin, en tout cas chez l'Atalante. Après, c'est au nombre de feuillet. (1 feuillet = 1500 signes)

Après cette table ronde, nous avons pu papoter et faire dédicacer nos livres par Mélanie et Patrick, qui sont adorables et très abordables.

Merci à Octogônes pour ces belles rencontres!