mercredi 26 août 2015 Littérature

La Part des Flammes - Gaëlle Nohant

Afficher l'image d'origineMai 1897. Pendant trois jours, le Tout-Paris se presse rue Jean-Goujon à la plus mondaine des ventes de charité. Les regards convergent vers le comptoir n° 4, tenu par la charismatique duchesse d’Alençon.

Au mépris du qu’en-dira-t-on, la princesse de Bavière a accordé le privilège de l’assister à Violaine de Raezal, ravissante veuve à la réputation sulfureuse, et à Constance d’Estingel, qui vient de rompre brutalement ses fiançailles.

Dans un monde d’une politesse exquise qui vous assassine sur l’autel des convenances, la bonté de Sophie d’Alençon leur permettra-t-elle d’échapper au scandale ? Mues par un même désir de rédemption, ces trois rebelles verront leurs destins scellés lors de l’incendie du Bazar de la Charité.

Enlèvement, duel, dévotion, La Part des flammes nous plonge dans le Paris de la fin du 19ème siècle au cœur d’une histoire follement romanesque qui allie avec subtilité émotion et gravité.

Que dire... La meilleure découverte de ce début d'été! Évidemment, avec un fond historique, de l'amour, des rivalités, des petits soucis de convenances sociales (vives les rebelles!), ça partait bien. Je remercie Paco, un ami libraire qui n'ayant pu lire ce livre à temps, m'a offert très obligeamment cette petite pépite.

Un livre à lire pendant une canicule (Ou pas). Enfin, depuis les vacances sont passées, la fraîcheur (relative) est revenue et ma chronique a pris un retard de... Euh... 2 mois. Une honte! Sur ces quelques considérations spatio-temporelles, revenons à nos moutons. :)

Cela faisait quelques temps que je n'avais point lu de récit historique et encore moins sur cette période que je connais fort peu (fin 19ème siècle), à part via les reportages de Secrets d'Histoire de Stéphane Bern. C'est donc avec plaisir que je me suis plongée dedans pour n'en ressortir qu'une fois la dernière page enfin tournée.

Mais... De quoi cela parle t'il?

Tout simplement du destin de trois femmes de la bonne société parisienne (en gros, des nobles), qui se retrouvent confrontées à la société, confite dans ses habitudes et ses préjugés. Engluées comme des oiseaux pris dans le mazout, elles décident de lutter en s'entraidant.

Bon... L'amitié, les oiseaux qui volettent... C'est fun et c'est trop joyeux. En effet, l'amitié indéfectible qui réunira nos trois héroïnes se construit sur un drame : l'incendie du Bazar de la Charité à Paris.

La minute Histoire

Le Bazar de la Charité était une vente de bienfaisance organisée pour la 1ère fois en 1885 par le financier Henri Blount et présidée par le baron de Mackau. Le principe en était de vendre des objets, tel de la lingerie et des colifichets divers , au profit des plus démunis. (L'ancienne version des Restos du Cœur si on veut.)

La duchesse d'Alençon

Organisé rue Jean-Goujon à Paris, le Bazar est le théâtre, le , d'un dramatique incendie, causé par la combustion des vapeurs de l'éther utilisé pour alimenter la lampe du projecteur du cinématographe, encore une nouveauté à l'époque.

Les comptoirs portaient des noms évocateurs : « À la tour de Nesle », « À la truie qui file », « Au lion d’or », « Au chat botté », etc. Face à l’entrée se trouvait un buffet, assorti d’une cuisine et d’une cave. L’arrière du hangar donnait sur une cour intérieure, bordée par l’« Hôtel du Palais » et adossé à la façade arrière du hangar se trouvait le fameux local abritant le cinématographe d'où l'incendie est parti.

La catastrophe coûta la vie à plus de 120 personnes dans des conditions de bousculade et de panique affreuses. La plupart étant des femmes charitables issues de la haute société parisienne. On retrouvera parmi les victimes, entre autres, Sophie-Charlotte, duchesse d'Alençon (sœur de l'impératrice « Sissi » - Elizabeth d'Autriche). Informations trouvées sur wikipédia

Le Bazar ou ce qu'il en reste suite à l'incendie

Cet incendie est un drame national et de nombreux journaux relateront les faits et suivront l'enquête qui fera suite. On peut trouver sur le net, un grand nombre de photos et de gravures de la tragédie. Beaucoup de personnes de près ou de loin ont été touchées par cet incendie, dans leur chairs, ou tout simplement leur âme.

Reconnaissance des victimes au Palais de l'Industrie - Wikipédia

De l'Histoire à la fiction

En effet, les évènements, les lieux et certains personnages ont réellement vécus. Toutefois, Gaëlle Nohant prend de la distance face à l'histoire en créant des héroïnes romancées (même si la Duchesse d'Alençon a réellement existé).

Trois femmes, trois caractères. Trois femmes réunies autour d'un comptoir, que la société tente d'étouffer, cherchent désespérément la liberté.

Sophie-Charlotte d'Alençon est la plus âgée et la plus mature du trio. De profondes blessures l'ont détruite à jamais, pourtant cette femme d'une grande bonté est très attachante. On apprendra au fil des pages pourquoi la flamme de l'envie de vivre a fini par la déserter. La Duchesse est la plus torturée des trois. elle incarne réellement l'héroïne romantique et tragique.

Violaine de Raezal, jeune et jolie veuve, elle vit dans le passé, avant la mort de son époux. Celui-ci a épousé Violaine en secondes noces. Elle se retrouve donc belle-mère... Et vous savez comme sont les relations entre belle-maman et les enfants d'un premier lit, houleuses! Mais bon... Faut faire semblant et bien se tenir. Et ça... Ce n'est pas toujours facile. (Surtout quand les gosses, hum... les adultes, sont des pestes!) Au décès de son mari, Violaine ne pensait plus qu'elle pouvait encore vivre et aimer. Sa rencontre avec la duchesse d'Alençon va lui redonner goût à la vie. pour le meilleur ou pour le pire?

Enfin, Constance d'Estingel, la petite dernière! Jeune, fraîche, jolie, mais... Tourmentée et tiraillée entre deux amours : Dieu et un homme, Lazlo de Nérac. Indécise, cette jeune demoiselle rompt ses fiançailles avant le drame et sa cohorte de malheurs. Toutefois, Lazlo (le brave homme!) ne s'en laisse pas conter, et comme le "prince de Raiponce" part à l'assaut du château-coeur de sa belle enfermée dans une clinique (un asile, oui!) par des parents rigides et sans scrupules. Réussiront-ils à se trouver?

Gaëlle Nohant

La Part des Flammes est à la fois un roman d'histoire de part son intrigue et du fait qu'il rend compte d'une époque, et un manifeste de la condition et de la lutte des femmes. Nos trois protagonistes nous donnent une belle leçon de vie, de courage, et de force. Grâce à sa plume délicate, Gaëlle Nohant nous fait vivre le drame des victimes en nous permettant d'entrer dans leur monde, peuplé d'amour et de déceptions, de mondanités et de ragots, où la sécheresse de cœur côtoie l'honneur et le don de soi. La condition de la femme dans les classes sociales dites aisées est parfaitement décrite ainsi que celle du personnel de maison et des classes plus défavorisées.

Le mot de la fin

Le contexte historique quasi oublié de ce roman est reconstitué et retranscris avec une précision remarquable. Les émotions transmises par l'auteure sont un point fort de ce roman très attachant. C'est un ouvrage qui se dévore avec plaisir, avec de nombreuses péripéties et rebondissements tout en se gardant de verser dans l'excès des grands sentiments.

La Part des flammes est une magnifique fresque sur la condition féminine à une époque où la valeur sociale d'une femme se mesure à sa beauté. (ça promettait...)

Ce roman est une très belle réussite et mérite que l'on s'y arrête pour le découvrir!

La part des flammes par Nohant

 Titre : La Part des Flammes

 Auteure : Gaëlle Nohant

 Éditions : Héloïse d'Ormesson

 Nb de pages: 493 p